Ce n’est plus un secret pour personne : au début du mois de mars 1998, La Giettaz deviendra le plateau de tournage d’un grand film historique. En effet, la société CAB Productions, dont le siège social est à Lausanne, prépare un film de long métrage, adapté du roman de Charles Ferdinand Ramuz « la guerre dans le haut pans » et réalisé par le metteur en scène suisse Francis Reusser. François Morel et Laurent Terzieff en seront notamment les interprètes.

Le scénario se déroule en 1798, lors de l’arrivée des troupes napoléoniennes, libératrices des peuples opprimés, dans le pays de Vaud. Une séquence de ce film, mettant en scène une bataille, sera tournée à La Giettaz, dans le cadre montagneux des Plachaux, au-dessus du col des Aravis.

Pour cette réalisation, près de 150 figurants costumés, hommes de 18 à 40 ans, sont nécessaires et plusieurs Giettois se sont portés volontaires. Le tournage devrait se dérouler pendant la seconde semaine du mois de mars prochain.

1798 ? Mais que se passait-il donc à La Giettaz, voici 200 ans ?

La Giettaz qui avait appartenu jusqu’en 1792 au duché de Savoie, province du Faucigny, était devenue soudain française : Depuis le 29 novembre 1792, elle faisait partie du département du Mont-Blanc, dans le district de Cluses et le canton de Flumet. La révolution venait de frapper très fort L’église avait été vidée, les cloches transformées en canon, le clocher en partie démoli… L’abbé Colloud, curé de la paroisse, qui s’était longtemps caché à « la Grange » était mort d’épuisement… De 1797 à 1799, La Giettaz, comme toutes les autres communes de Savoie, allait vivre la seconde Terreur avec toutes ses conséquences : Difficultés économiques, réquisitions de toutes sortes, persécution religieuse, instabilité du pouvoir…

A cette époque, les conversations vont bon train : On parle de ce fameux Bonaparte, nommé chef de l’armée par le Directoire : Il impose aux cités conquises des taxes impitoyables pour payer ses campagnes, et n’hésite pas à vider les communes de leurs hommes pour réorganiser son armée. Pas moins de 200 000 hommes lui sont nécessaires…

Aux nombre des « conscrits » (jeunes gens inscrits pour le service de l’armée) sont ajoutés les « réquisitionnaires » (jeunes gens requis par l’autorité publique). Ainsi, dans le courant de nivôse de l’an VI (décembre 1797) la commune doit prendre en charge les frais occasionnés par le déplacement et le logement des treize soldats « envoyés comme garnissaires pour compresser les jeunes gens de la réquisition ».

Si la levée est importante, le nombre des déserteurs est également notable, et La Giettaz semble être un lieu de passage privilégié. Les lettres écrites par le commissaire du canton, J. M. Besson, l’atteste :

« Le 28 ventôse an VII (Février 1798) vers les onze heures du soir, 60 à 70 déserteurs, la plus grande partie armés, venant du côté de Megève, ont filé par des chemins détournés vers la commune clé La Gietlaz, et ont passé la montagne des Aravis pour tomber dans la vallée du Grand Bornand et de Thônes ; ils se disaient français, mais je crois plutôt qu’ils sont de ces vallées… J’ai appris qu’ils venaient d’Italie et qu’ils avaient passé le St Ploni (Simplon). Si les autorités de ces cantons ne prennent pas des moyens pour découvrir qui ils sont, ils pourraient fort bien former une horde de brigands difficile à détruire »

« Le 19 et le 20 prairial an VII (mai 1798), une cinquantaine de déserteurs au moins ont passé à La Giettaz, avec armes et bagages. Ils filent tous par la montagne des Aravis et s’enfoncent dans la vallée de Thônes… Un grand nombre passe du Piémont par l’Allée Blanche, au-dessus de Beaufort, passent ensuite par Hauteluce et La Giettaz… Nos gardes nationales ne les arrêtent point sous prétexte qu’ils ne sont pas armés… Au reste la tranquillité règne fort bien parmi nos habitants, et je veille de près ceux qui oseraient la troubler. « 

Pour en savoir davantage, nous vous conseillons de consulter notre livre n° 1 : « LA GIETTAZ de 1780 à 1815 ou Comment un village savoyard a traversé la révolution ».