Lettre d’une pensionnaire de la Villa Jeanne d’Arc sur la cérémonie du 11 novembre 1935

 

Villa Jeanne d’Arc

La Giettaz, le 11 novembre 1935 (lundi)

Ma petite Maman Chérie,

Une lettre pour toi est partie d’ici ce matin ! Je suis allée à la grand’messe !! Il ne pleuvait pas mais j’ai pris mon parapluie. Trois prêtres ! 4 enfants de choeur ! C’est Monsieur l’Abbé qui, comme ancien combattant, a parlé chiquement : Arrivée au village sur la place, la délégation de 44 anciens combattants (oui, je les ai comptés !!) le plus âgé portait le drapeau ! Mr Bouchex et un autre étaient devant eux et leur parlaient.

Les jeunes gens du pays, l’Harmonie, les femmes, les jeunes, les vieux et les demoiselles de la Villa, tout ce monde regardait et écoutait. Puis nous sommes entrés à l’église. Belle grande messe de Requiem pour les soldats Morts pour la France !! A la fin de la messe, autour du catafalque, Mr le Curé escorté de Mr l’Abbé et d’un autre prêtre assez âgé, l’a béni et encensé ! Les anciens combattants, drapeau en tête sont sortis devant l’église suivis des enfants de choeur, des Prêtres et de la foule. Chant très beau aux Morts ! Devant le monument aux morts : une simple plaque à gauche de l’entrée de l’église, une tombe, un drapeau bleu-blanc-rouge, un pauvre vieux casque de Poilu, des vases de fleurs, des géraniums, des obus et, de chaque côté de la tombe, un grand sapin surmonté du drapeau tricolore.

Mr le Curé, au milieu d’un grand silence appelle les Morts, un bon vieux répond à chaque nom : mort pour la France ! Sa voix s’enroue, des hommes émus, se cachent derrière leurs chapeaux !

Un beau discours du prêtre âgé et tout tremblant. Il a fait la guerre lui aussi. Un matin, avant une attaque, il entre dans une église, impossible de dire sa messe, la sacristie est fermée. Dans un coin, quelques soldats qui désirent un prêtre, une messe et la communion ! Ce prêtre se fait reconnaître de l’un deux, un savoyard : Emile Bibollet. Les Mamans savoyardes grimacent, retenant leurs larmes, les yeux tout rouges ! La fanfare joue devant le monument. Puis elle s’éloigne et, sur la place devant le café des Aravis, elle entonne la Marseillaise et d’autres airs plus gais, vainqueurs !! La grosse caisse, les cimbales, les sortes de trombones, cornets à piston donnent toute leur voix !!

Nous rentrons. La pluie nous accompagne. Rentrée bien juste. Menu de midi : du pâté de foie, des frites, du beef, de la salade, 1 poire et du vin !!! Ce soir à 5 heures, le vieux prêtre va venir à la Villa et va nous raconter son voyage à Jérusalem.

Je vais te quitter pour aller en cure ! A 4 heures goûter, épluché des épinards et des pommes de terre. Dans nos chambres nous avons pris nos tempé et redescendues à la salle à manger nous avons mis les chaises en ordre devant la scène. A cinq heures Mr le Curé Chaussi est monté sur scène et, assis devant une petite table supportant un verre, une bouteille et un pot, il s’est mis à nous raconter son voyage à Jérusalem, Marseille, l’Espagne, l’Afrique, la Syrie, le Caire, l’Egypte, Nazareth…